L'expression « compte d'épargne médical » signifie des choses différentes selon l'endroit où l'on se trouve. À Singapour, elle désigne le compte Medisave, un régime gouvernemental obligatoire qui prélève une partie de chaque paie pour l'affecter à une réserve de santé gérée par l'État. Aux États-Unis, le Medical Savings Account était un produit introduit dans les années 1990, précurseur de ce que les Américains appellent aujourd'hui un Health Savings Account. Au Canada, « compte d'épargne médical » n'est pas du tout une catégorie gouvernementale officielle : c'est une description en langage courant que les Canadien(ne)s utilisent lorsqu'ils cherchent un avantage social de santé financé par l'employeur.
Ce qu'ils recherchent habituellement, c'est un compte de dépenses santé (HSA). Dans la terminologie de l'ARC, il s'agit d'un régime privé de services de santé (PHSP), un type précis d'entente employeur-employé(e) qui rembourse les frais médicaux admissibles en franchise d'impôt. Ce guide couvre la version canadienne : son fonctionnement, ce qu'elle couvre, et comment la mettre en place.
Qu'est-ce qu'un compte d'épargne médical au Canada ?
Un compte d'épargne médical canadien est une entente financée par l'employeur, et non un compte bancaire, un régime enregistré ou un programme gouvernemental. L'employeur attribue un montant fixe en dollars par employé(e) et par année. Lorsqu'un(e) employé(e) engage une dépense médicale admissible, il ou elle la paie de sa poche, soumet le reçu à l'administrateur du régime, puis est remboursé(e) à même son attribution. Le remboursement est libre d'impôt.
Le fondement juridique est la définition du régime privé de services de santé dans la Loi de l'impôt sur le revenu et le Bulletin d'interprétation IT-339R2 de l'ARC. La liste des dépenses admissibles au remboursement provient de l'article 118.2 de la Loi de l'impôt sur le revenu, les mêmes critères que ceux utilisés pour le crédit d'impôt pour frais médicaux dans une déclaration de revenus personnelle.
Le traitement fiscal fonctionne dans les deux sens. Les cotisations de l'employeur au régime sont entièrement déductibles à titre de dépense d'entreprise. Les remboursements que reçoivent les employé(e)s ne constituent pas un revenu imposable et n'apparaissent pas sur le T4. C'est le principal avantage d'un PHSP par rapport à une prime en argent ou à une augmentation de salaire : le même montant en dollars va plus loin, puisque ni l'une ni l'autre partie ne paie d'impôt dessus.
En quoi il diffère du Medical Savings Account américain
Le MSA américain était un précurseur du HSA, introduit par le Health Insurance Portability and Accountability Act de 1996. Il était rattaché à des régimes d'assurance santé à franchise élevée, financé par des cotisations de l'employé(e) avant impôt, et transférable en cas de changement d'emploi. Le HSA l'a largement remplacé après 2003.
L'équivalent canadien fonctionne différemment sur presque tous les points. Les comptes de dépenses santé canadiens financés par l'employeur le sont par l'employeur, et non par l'employé(e). Ils ne sont rattachés à aucun produit d'assurance : un employeur peut offrir un compte de dépenses santé comme avantage autonome, sans aucun régime d'assurance sous-jacent. Les employé(e)s ne cotisent pas de dollars avant impôt au compte ; ils ou elles soumettent simplement des reçus et reçoivent des remboursements libres d'impôt.
Le modèle de remboursement signifie aussi que le compte n'accumule ni intérêts ni rendement de placement. Ce n'est pas un véhicule d'épargne au sens financier. L'employeur attribue un montant, les réclamations le réduisent tout au long de l'année de régime, et les soldes inutilisés sont soit reportés, soit perdus, selon la conception du régime choisie par l'employeur.
Ce qui est couvert par un compte d'épargne médical canadien
C'est la section dont la plupart des employé(e)s et des responsables RH ont besoin en pratique. La couverture est régie par l'article 118.2 de l'ARC, qui énumère des dépenses médicales admissibles précises. La liste est détaillée et parfois contre-intuitive, c'est pourquoi un bon administrateur de régime maintient un outil de vérification d'admissibilité. Voici les grandes catégories.
Soins dentaires
Les soins préventifs, y compris les nettoyages, les examens et les radiographies, sont admissibles. Les travaux de restauration de base (plombages, extractions et réparations simples) sont admissibles. Les travaux de restauration majeurs, y compris les couronnes, les ponts, les traitements de canal et les prothèses dentaires, sont couverts. Les traitements orthodontiques, y compris les broches traditionnelles et les gouttières transparentes comme Invisalign, sont admissibles lorsqu'ils sont fournis par un(e) dentiste ou un(e) orthodontiste autorisé(e). Les implants dentaires sont admissibles. Les traitements parodontaux et les procédures connexes sont couverts.
Soins de la vue
Les lunettes de prescription et leurs montures sont admissibles. Les verres de contact et leurs fournitures sont admissibles. La chirurgie oculaire au laser (LASIK et PRK) est une dépense admissible selon les règles de l'ARC. Les examens de la vue sont également admissibles, ce qui est particulièrement pertinent dans les provinces où le régime provincial ne couvre plus les examens de la vue pour les adultes.
Médicaments d'ordonnance
Les médicaments nécessitant une ordonnance d'un médecin autorisé sont admissibles. Cela inclut les médicaments pour maladies chroniques, les médicaments pour la tension artérielle et le cholestérol, l'insuline, les médicaments de fertilité, ainsi que les traitements et produits topiques disponibles uniquement sur ordonnance. L'exigence d'ordonnance est stricte : les versions en vente libre du même médicament ne sont généralement pas admissibles, à moins d'être expressément prescrites par un médecin pour une condition diagnostiquée.
Services paramédicaux
La physiothérapie est admissible. Les soins chiropratiques sont couverts. La massothérapie est admissible lorsqu'elle est fournie par un(e) massothérapeute agréé(e) ; la plupart des provinces exigent un enregistrement précis, que les administrateurs de régime vérifient selon la province. L'ostéopathie, la naturopathie et l'acupuncture figurent sur la liste de l'ARC, avec certaines variations provinciales dans la définition des praticien(ne)s autorisé(e)s. L'ergothérapie, l'orthophonie et la podiatrie sont toutes admissibles. Les limites par visite ou les plafonds annuels sur les services paramédicaux relèvent d'une décision de conception du régime prise par l'employeur, et non d'une restriction de l'ARC.
Santé mentale
Les psychologues inscrit(e)s dans leur province sont couvert(e)s. Les travailleur(euse)s social(e)s inscrit(e)s offrant des services de psychothérapie sont admissibles. Les conseiller(ère)s et thérapeutes autorisé(e)s sont admissibles lorsqu'ils ou elles détiennent une inscription provinciale reconnue. Les soins psychiatriques fournis par un médecin sont couverts à titre de dépense médicale. Cette catégorie s'est élargie en pratique à mesure que les cadres provinciaux d'agrément des professionnel(le)s de la santé mentale se sont précisés.
Appareils et équipements médicaux
Les appareils auditifs et leurs piles de remplacement sont admissibles. Les appareils CPAP et leurs fournitures continues sont admissibles. Les orthèses et appareils orthopédiques sont couverts lorsqu'ils sont prescrits. Les fauteuils roulants et autres aides à la mobilité sont admissibles. Les pompes à insuline et leurs fournitures associées sont admissibles. Les tensiomètres et certains autres appareils prescrits médicalement figurent sur la liste.
Autres dépenses admissibles
Les surclassements pour une chambre d'hôpital privée ou semi-privée sont admissibles lorsque la couverture de base prévoit une chambre standard. Les services d'ambulance sont admissibles. Les soins infirmiers à domicile et certains services professionnels de santé à domicile sont couverts. Les chiens-guides et les coûts liés à leurs soins sont admissibles. Certains traitements de fertilité, y compris la FIV, sont admissibles selon des critères précis de l'ARC ; les conditions exactes sont suffisamment détaillées pour que les administrateurs de régime examinent ces réclamations avec soin. Les déplacements pour raisons médicales sont admissibles dans des conditions précises, lorsque le traitement n'est pas disponible à une distance raisonnable.
Ce qui n'est pas couvert
Comprendre les exclusions est aussi important que de connaître la couverture. Les dépenses suivantes ne sont pas admissibles selon l'article 118.2 de l'ARC et ne peuvent pas être remboursées en franchise d'impôt par un PHSP.
Les médicaments et suppléments en vente libre sont généralement exclus. Les vitamines et suppléments nutritionnels ne sont pas admissibles, sauf s'ils sont prescrits par un médecin pour une condition diagnostiquée précise, et même dans ce cas, l'ARC applique un examen rigoureux. Les abonnements de gym, l'entraînement personnel et l'équipement de conditionnement physique ne constituent pas des dépenses médicales selon l'article 118.2. Ces éléments relèvent plutôt d'un compte de dépenses style de vie, qui fonctionne comme un avantage imposable.
Les interventions esthétiques qui ne sont pas médicalement nécessaires sont exclues. Cela inclut la chirurgie esthétique, le blanchiment des dents et les traitements similaires où aucun diagnostic médical ne motive le traitement. Les procédures dentaires effectuées uniquement pour des raisons esthétiques, comme des facettes pour l'apparence plutôt que pour la fonction, suivent la même règle.
Les primes d'assurance vie et d'assurance invalidité ne sont pas des dépenses admissibles. Les primes des régimes provinciaux d'assurance maladie sont également exclues. Ces catégories se situent entièrement en dehors de la définition de l'article 118.2.
L'angle fiscal pour l'employeur
Le traitement fiscal du côté de l'employeur est simple. Les cotisations à un PHSP sont déductibles à titre de dépense d'entreprise selon les mêmes règles que les salaires. Il n'y a pas de taxe sur la masse salariale sur les cotisations à un PHSP, contrairement au salaire. Dans la plupart des provinces, les remboursements d'un PHSP ne sont pas assujettis à la taxe de vente provinciale, bien que les employeurs devraient vérifier cela pour leur province précise.
L'effet global signifie que le coût pour l'employeur d'offrir un compte d'épargne médical est inférieur au coût d'une augmentation de salaire équivalente. Une attribution de 1 500 $ dans un PHSP procure 1 500 $ de valeur libre d'impôt à l'employé(e). Une augmentation de salaire de 1 500 $ vaut considérablement moins pour l'employé(e) après impôt sur le revenu, et coûte plus cher à l'employeur une fois les charges sociales incluses.
Qui peut avoir un compte d'épargne médical au Canada ?
L'admissibilité dépend de la structure d'emploi.
Tout employeur canadien ayant des employé(e)s sans lien de dépendance peut établir un PHSP. L'exigence de sans lien de dépendance est le point critique. Un(e) travailleur(-euse) autonome qui se rémunère lui-même ou elle-même ne peut pas établir de PHSP pour lui-même ou elle-même : il n'existe aucune relation employeur-employé(e), donc la structure contractuelle requise pour un PHSP n'existe pas.
Le ou la propriétaire d'une entreprise constituée en société se trouve dans une situation différente. Si le ou la propriétaire est employé(e) de sa propre société et que celle-ci le ou la traite sans lien de dépendance, ce qui, dans la plupart des structures de petite entreprise, exige la présence d'autres actionnaires ou le respect des tests de l'ARC sur le lien de dépendance, alors la société peut établir un PHSP couvrant le ou la propriétaire-employé(e). C'est une configuration courante pour les petites sociétés professionnelles, mais les détails dépendent de la structure corporative précise et devraient être confirmés avec un comptable.
Les entrepreneur(-euse)s et consultant(e)s qui reçoivent un revenu d'emploi T4 d'une entreprise sont couvert(e)s à titre d'employé(e)s de cette entreprise. S'ils ou elles exercent par l'entremise d'une société personnelle et facturent l'entreprise à titre de fournisseur, ils ou elles ne sont pas des employé(e)s à cette fin, et le PHSP ne s'applique pas.
Les membres de la famille qui sont de véritables employé(e)s de l'entreprise sont admissibles. L'ARC vérifie si le membre de la famille exécute réellement des services pour l'entreprise et reçoit une rémunération raisonnable pour ces services.
Comment le mettre en place
La mise en place d'un compte d'épargne médical au Canada comporte cinq étapes.
Étape 1, choisir un administrateur tiers. L'administrateur tiers (TPA) gère l'administration du régime, l'adjudication des réclamations et la conformité à l'ARC. Recherchez un TPA qui fournit un document de régime officiel faisant référence à la définition du PHSP, une base de données d'admissibilité que les employé(e)s peuvent consulter avant de soumettre une réclamation, un traitement rapide des remboursements et une interface moderne destinée aux employé(e)s.
Étape 2, définir les catégories d'employé(e)s et les attributions. Décidez comment segmenter votre effectif : temps plein contre temps partiel, par ancienneté, par service ou par poste. Attribuez un montant en dollars à chaque catégorie. Les attributions doivent être raisonnables et appliquées de façon cohérente au sein de chaque catégorie ; l'ARC exige que tous les employé(e)s d'une même catégorie reçoivent le même traitement.
Étape 3, établir le document de régime. Le TPA le fournira ou le préparera. Le document de régime officialise l'entente, définit les catégories de dépenses admissibles, fixe l'année de régime, précise le traitement des soldes inutilisés et consigne les obligations de l'employeur. Ce document constitue la base de la déduction fiscale de l'employeur et devrait être conservé.
Étape 4, inscrire les employé(e)s. Les employé(e)s reçoivent l'accès au portail ou à l'application du régime, voient leur solde disponible et peuvent commencer à soumettre des réclamations. Plusieurs employé(e)s apprécient un guide d'accueil expliquant ce qui est admissible ; les administrateurs de régime en fournissent généralement un.
Étape 5, administrer et suivre. Le TPA gère l'adjudication continue et émet les remboursements. L'employeur reçoit une facturation périodique pour les réclamations payées, plus les frais d'administration. À la fin de l'année de régime, l'employeur décide comment traiter les soldes inutilisés : les reporter à l'année suivante, accorder une période de grâce, ou les faire perdre, selon la conception du régime choisie à la mise en place.
Conclusion
Un compte d'épargne médical au Canada est un moyen pratique et fiscalement avantageux pour les employeurs de financer les frais de santé de leurs employé(e)s, sans les frais généraux d'une assurance collective traditionnelle. La couverture est large, le traitement fiscal profite aux deux parties de la relation d'emploi, et l'administration est plus légère qu'il y a dix ans. Les principales exigences sont que la relation d'emploi soit authentique, que le document de régime soit correctement structuré, et que les réclamations soient examinées selon les critères d'admissibilité de l'ARC.
Pour les mécanismes complets sous le nom officiel qu'utilise la loi fiscale canadienne, consultez notre guide sur ce qu'est un compte de dépenses santé.
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